Monsieur le Président de la République Française,
Du Roi Gilgamesh il nous reste une épopée : lacunaire et sublime.
Du Roi Soleil : des fontaines et des jardins magnifiques.
De François Mitterand : une Bibliothèque trop vite normalisée par le manque de visions.
De vous, acceptez-en l’augure, il restera le Musée des Arts Premiers.
Il ne restera que cela : mais ce legs est immense.
Les commentateurs, les journalistes, vos propres amis, se complaisent à vous décrire comme l’homme politique le plus pitoyable de notre histoire récente ; mais, par là, ils ne font que dissimuler l’essentiel : c’est le pitoyable qui est désormais au centre du dispositif médiatique, politique et culturel auquel ils appartiennent eux-mêmes et qu’ils contribuent chaque jour et avec une belle ardeur à consolider.
Il me semble déloyal et injuste de reprocher et d’imputer à vous seul ce qui vous réunit à eux dans une même et uniforme vacuité.
Vous le savez, notre époque aura su tout construire, tout produire, tout détruire. Et vous savez bien mieux que moi qu’un Président n’y peut rien et ne peut presque rien.
Restent les artifices permettant de faire diversion en occupant l’espace. Et vous êtes vraisemblablement le moins dupe de nous tous.
Votre fonction induit des privilèges, notamment celui-ci : imposer envers et contre tous un désir personnel, égoïste, obscur. Cela peut donner le pire, le meilleur, ou rien.
Votre désir fut d’imposer une intuition et maintenant de tenter de la faire partager : celle de l’universalité des Arts Premiers.
Par ce legs, voulu par vous seul, vous venez de commettre ce qui se révélera dans le futur comme un authentique événement.
Je n’évoque pas ici les architectes, les scénographes, les communicants, tous sans doute méritants mais qui devraient moins s’employer à se glorifier de leurs talents qu’à disparaître dans une forme glorieuse de servitude volontaire devant les beautés réunies ici.
Par cet acte vous semblez nous dire :
- que ces splendeurs sont des splendeurs,
- qu’elles n’auront plus jamais lieu,
- que la distance qui nous en éloigne se creuse chaque jour davantage,
- que déjà elles nous manquent terriblement,
- qu’il n’appartient qu’à nous de faire de la beauté notre pain quotidien,
- et d’aller l’inventer partout ailleurs qu’aux endroits prévus pour elle.
Il fallait que ce soit vous, le moins prévisible des hommes à cet endroit là, pour nous rappeler au travail et pour nous signifier l’ampleur du défi à relever.
Pour cela, qui est immense, je voulais à mon tour vous saluer.
Et vous dire aussi ceci : quand, libéré de vos obligations actuelles, vaines et pénibles, vous disposerez à nouveau de la souveraineté de vos intimes convictions, acceptez de m’accompagner, entre Bassorah et Bagdad, pour que nous sauvions ce qui peut encore l’être des splendeurs sumériennes disparues du Musée de Bagdad au jour de l’invasion militaro-médiatique des forces alliées.
Nous retrouverons ces beautés pour évidemment les remettre aux Sages qui finiront bien par succéder aux chiens enragés actuellement occupés aux massacres et à la dévoration.
Pierre Bongiovanni



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