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PARIS / LA CRÉATION / COLLOQUE AU LUCERNAIRE / NOVEMBRE 2007

Journées d’études interdisciplinaires de l’INSTITUT CHARLES CROS

15 et 16 novembre 2007 Ces Journées d’études conçues par l’Institut Charles Cros, dans le prolongement du séminaire doctoral « L’œil écoute, l’oreille voit » invitent des spécialistes à une présentation croisée et interprétative (pour leur discipline) du concept de création. Les invités représentent des disciplines de recherche différentes, conviés à confronter leurs avis sur le terme de création appliqué à leur métier, leur discipline ou leur démarche, dans ses enjeux et limites.

Elles se déroulerons au théâtre du Lucernaire les jeudi 15 et vendredi 16 novembre de 10 heures à 17 heures 30, en partenariat avec Le Lucernaire, le Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés contemporaines (université de Versailles Saint Quentin) et l’Harmattan.

La CREATION, définitions et défis contemporains

Prologue par Sylvie Dallet

« Qu’est ce que « créer » veut dire ? » Si la formulation est lourde, l’enjeu est fondamental. C’est à l’Institut Charles Cros, autour des rencontres multiples que cette structure atypique suscite depuis sa fondation, que le biologiste et philosophe Georges Chapouthier, l’historienne Sylvie Dallet et l’écrivain des sciences et psychanalyste Emile Noël ont commencé à s’attabler ensemble avec la volonté de confronter ce questionnement aux avis des savants et des artistes, promeneurs écoutants de la connaissance et de la mémoire. Rien ne se produit sans matériaux préparés, estime mutuelle, ni banquet de mots.

Au départ, la volonté de ne pas se « poser toujours les mêmes réponses » selon la jolie formule rapportée par Joseph Delteil, à l’arrivée, le mystère de la pensée en acte, palpable comme une architecture, fragile comme un making-off, dans son imaginaire flou et sa syntaxe précise. La création comme hypothèse motrice du XXIème siècle, de même que Descartes avait choisi de stabiliser la flottaison de la pensée moderne par l’ancre solide du « Cogito ». Au siècle dernier, la multiplication des outils de la pesée et de la rêverie ont conduit à réévaluer les mécanismes de la perception et de son moteur, le désir. Ces notions opératoires conduisent, peu ou prou, à un mystère que les scientifiques, les religieux et les artistes s’efforcent de percer, celui de l’acte de Création. Nous pensons que cette création constitue une boucle nouvelle dans raisonnement occidental, longtemps détourné du mystère, par une réflexion constitutive sur la pensée. La Création est une pensée en actes, un lien particulier avec le futur et le vivant dans la forge d’un futur dont on ne connaît pas l’issue. Le labyrinthe des motivations de chacun, conjugué aux impasses du contemporain, prend désormais une signification nouvelle au gré du développement des technologies de la captation et de la transformation des images, des sons et des mesures.

Autrefois réservée au divin, puis à ses épigones séculaires, l’artiste, l’écrivain, l’artisan et le conteur, la notion de création devient le refuge sensible et la définition de l’humain.

A partir de ce constat directement adapté de l’évolution analogique puis numérique, la question n’est pas tant de donner à chacun le satisfecit de la créativité qui demeure une potentialité humaine, mais d’interroger quelques savants ou artistes qui, par leur parcours personnel, ont souhaité mener leurs pas vers le cratère. Créer ne signifie pas la même chose pour un médecin, un prêtre, un biologiste, un scénariste, un psychanalyste, un conteur, un plasticien, un généticien, un mathématicien a fortiori un historien… Chacun se forge ses armes tout en affinant les outils que la collectivité met à sa disposition. Les volcans de la créativité contemporaine apparaissent nimbés de fumée ou rejetant des laves fluides ou des scories qui ensevelissent ou se fondent dans le paysage. Pour répondre à un monde en mutation qui nous semble d’une violence neuve, nous avons eu envie d’en comprendre, sinon la genèse générale, du moins les procédures d’expansion ou de nécrose.

Pour emprunter les nouveaux chemins de la création, il faut inclure comme accompagnateurs l’audiovisuel et l’informatique, compagnons modernes de Jason et d’Orphée dans la quête de la Toison d’Or. Les affrontements inédits du XXème siècle sont liés aux bouleversements de la perception du temps et de l’espace, dans leur communication, leur perception et leurs outils de pesée. L’audiovisuel en est le premier maître, d’abord handicapé (« la radio aveugle et le cinéma muet ») puis totalement convergent avec les technologies numériques. L’utilisation de la radio, média de proximité, a été utilisée dans des temporalités différentes tant pour justifier l’effraction des espaces communs par Hitler que pour alerter les voisins que la guérilla parisienne en 1944, en 1968. La télévision a donné progressivement l’habitude des récits didactiques tissés d’images et de sons, depuis le sacre de la reine d’Angleterre en 1956 jusqu’aux désastres issus des typhons asiatiques et américains de 2005 ; La complexité des médias, lié à leur caractère dissolvant et ondoyant, a édifié au fil des ans une surface miroitante et mystérieuse entre les actes du quotidien et les décisions prises au niveau collectif. L’informatique est devenue depuis vingt ans le plus puissant allié de la mise en scène audiovisuelle, jusqu’à initier des procédures d’immersion, de capture des sens, de simulation et d’images virtuelles. Après le premier maître, survient le serviteur dictateur. Cependant, la toile que l’araignée de l’information, régulièrement déchirée par les gestes des rebelles ou les contrôles des dictatures, constitue ce nouveau voile de Maya ou de Véronique dont les civilisations traditionnelles avait lancé l’idée voici des millénaires.

En miroir inversé, les arts ont dévoilé leurs démarches et procédures introspectives, jusqu’au désir de destruction de leurs formes mêmes. Klee et Kandinsky entre la musique des associations colorées, répondent aux correspondances poétiques de Baudelaire et de Rimbaud préparant le montage des attractions d’Eisenstein ou d’Abel Gance.

Quelques penseurs attentifs à la modernité ont tenté de la définir, particulièrement des années Trente aux Années 1960, dans sa période de mue audiovisuelle : Walter Benjamin, Pierre Schaeffer, Sergueï Eisenstein, Aby Warburg, Bertold Brecht et bien d’autres créateurs – intellectuels ont mis en scène leurs parcours personnels à partir des quelques petits cailloux parsemés, sous forme de fragments, d’études expérimentales ; de bribes d’une œuvre toujours pensée comme une cathédrale inachevée.. La notion d’aura a repris du poids, sous la plume du penseur Benjamin, dans les nouvelles logiques reproductibles de l’Espace et du Temps. Comme le signale Pierre Schaeffer, Faber précède Sapiens dans ses actes novateurs, laissant le second à une digestion conceptuelle plus lente.

La donne a cependant changé par le télescopage des inventions ne s’effectue plus sur de géniales trouvailles, effectuées par des savants ou des petits entrepreneurs mais sur des échelles économiques importantes qui influencent les réseaux traditionnels de la démocratie. L’arrivée généralisée d’une ère de consommation, avec son corollaire les loisirs, dissout les structures temporelles de chacun, particulièrement sur les notions de progrès, de projet et d’objectifs communs technologiques. Ces procédures d’adaptation et de résistance à l’ordre technologique, tant du point de vue social que par les dialectiques nouvelles avec l’environnement naturel, commencent à être étudiées comme telles, dans des formes créatives et expressives spécifiques aux individus qui les voient éclore. En 2005, les procédures de rupture caractérisées par les guerres révolutionnaires de l’après-guerre, semblent avoir momentanément cédé le pas à des pratiques plus souples, localement concertées, mais qui témoignent toutes d’un retour à la réflexion fondamentale sur le couple Humanité/Nature et à son corollaire indirect, le concept flou de création.

Cet essai collectif, appliqué aux secteurs qui nous sont familiers, les Arts et les Sciences, doit contribuer à une meilleure lisibilité des enjeux de mémoire contemporains. Les chapitres qui vont suivre, réunis en puzzle, suggèrent un état des lieux, un discours de la méthode mosaïque désormais modelé par les instruments de l’enregistrement et par les outils de la communication. Pour marquer les repères d’une évolution qui se précipite après 1895, point n’est besoin de trop séparer la vue des deux sommets que la société baptiste des noms d’information et de création artistique. Nous avons choisi de rassembler sous un même volume, des réflexions sur le signe, le matériau et le vivant, comme les acteurs communs d’une contribution de recherche. L’aventure contemporaine de la création dévoile une architecture collective de la pensée autant qu’elle jette des ponts entre les disciplines scientifiques, au risque de hâter l’écroulement des anciennes arches du savoir.

Les arts et les sciences redeviennent, nous le pensons, des muses hybrides aux expressions multiples et danses enjouées, proches du vivant sensible. La main tendue entre les spécialités doit permettre d’identifier les sens communs stimulants d’une création renouvelée, au défi d’un monde en mouvement, désormais modelé en profondeur par les nouvelles technologies de l’information. Sans cette perspective interdisciplinaire nécessaire, la traduction des métamorphoses du monde s’apparenterait à la fable de la peau de chagrin. Si les exemples de rétractation du sens et du corps suscitent la crainte nébuleuse d’un futur soumis aux outils de la conquête du savoir, c’est autour de cette frontière qu’il s’agit de pressentir des réponses. Le savoir procède de formes et de matériaux curieusement assemblés et se valide grâce aux confrontations auquel il se soumet.

L’organisation des Journées d’études de l’INSTITUT CHARLES CROS comporte plusieurs aspects :

A) le déroulement des Journées d’Etude 2007 de l’Institut Charles Cros, en partenariat avec le Centre d’Histoire culturelle des sociétés contemporaines, le théâtre du Lucernaire et les éditions l’Harmattan. Ces Journées sont fixées au 15 et 16 novembre 2007.

B) L’enregistrement et la diffusion sur le site web de la revue SKLUNK des exposés et débats de ces Journées.

C) L’édition d’un livre collectif aux éditions l’Harmattan, « La création, définitions et défis contemporains » (titre provisoire), codirigé par Sylvie Dallet, Georges Chapouthier et Emile Noël.

I) Le Geste et l’Outil

intervenants :

Emile NOEL : « L’improvisation et l’illusion de l’émergence »

Diane WATTEAU, plasticienne - : « Des identités inconvenantes ? »

Frédéric MARTIN, compositeur - « Musiques savantes et populaires, une nouvelle combinatoire »

Philippe BOULANGER, rédacteur en chef -« Les structures mathématiques »

Gilbert MAUREY, psychiatre, psychanalyste – « Psychanalyse et découvertes »

Catherine JACQUOT, architecte -, « Histoire de ville »

Philippe VERRIELE : « Du Golem au Ready made »

II) Complexité des mémoires

Intervenants :

Sylvie DALLET, « Genèse des simulacres et montage des attractions »

Pierre BONGIOVANNI, « L’Art, le Cerveau, le Monde »

Jacques ARNOULT, "Quand les religions parlent de création"

Serge ROSENZWEIG, scénariste - « Pour un scénario forgeron »

Paul BRAFFORT, informaticien, mathématicien « Algorithmes du geste et de l’image : un nouveau paragone. »

Emmanuel PICAVET, philosophe « Création des valeurs"

III) Signalétiques de la création

Intervenants :

Jean Claude AMEISEN, « Ethiques médicales en marche »

Georges CHAPOUTHIER, « Le roi cerveau et l’animal racine » »

Marc FERRO , historien - « Histoires parallèles et interprétation des silences »

Michel le TAILLANTER, biologiste – « Génétique et mutations médicales »

Isabelle de LAMBERTERIE, juriste - « Créer le droit »

Jean GENERMONT, biologiste - « Le vivant et ses formes »

Hervé THIS, chimiste - « Chimie, cuisine et gastronomie »

CONTACT

Sylvie Dallet ([Email],

tel : 01 60 95 77 19 ou 06 86 99 64 23)

Emile Noël ([Email])

Georges Chapouthier ([Email])

 

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