1. Enregistrer au format PDF
  2. Version imprimable de cet article
Accueil du site > N°03 > TRIO DE KANGOUROUS DANS LA TORPEUR CAPITALE
U L T R A L A B™

TRIO DE KANGOUROUS DANS LA TORPEUR CAPITALE

"de la relativité générale du geste artistique"

LES KANGOUROUS PROGRESSENT PAR BONDS, SE DEPLACENT GROUPÉS, ET S’AMUSENT DU DÉSERT.
ULTRALAB™ AUSSI.
ILS SONT TROIS : FRÉDÉRIC BORTOLOTTI , P. NICOLAS LEDOUX, GOSIA GALAS.

Penser et vivre la migration d’une réalité « basse tension » (celle du monde réel) vers une réalité « haute tension" (mais virtuelle)…
Mélange étonnant de retenue et d’exubérance, de pudeur et de provocation, de discrétion et d’emportement, les 3 hémisphères (ben oui…) du cerveau ULTRALAB™ se complètent avec bonheur.

Rencontre avec FRÉDÉRIC BORTOLOTTI et P. NICOLAS LEDOUX.

L’un pense que "les choses sont simples" et l’autre "que ce n’est pas si simple".
L’un se voudrait régulièrement visité par la grâce et l’autre s’emploie à ne pas trop s’émouvoir de la beauté du monde.

L’un vient d’une famille prolo (où se transmet le goût des livres et de la lecture) et l’autre de la bourgeoisie soixante-huitarde (sans compétence particulière pour la transmission).

Après avoir mené des vies artistiques parallèles, ils se rencontrent et créent, avec d’autres complices, LABOMATIC™ en 1997 puis ULTRALAB™ en 2000.
Ces deux groupes sont pensés comme des plates-formes de compétences dédiées à la communication commerciale pour la première (notamment pour les institutions culturelles et artistiques) et à la création artistique pour la seconde, les deux fonctionnant en réseau et faisant appel à des collaborations et énergies extérieures.

Avec LABOMATIC™, la partie commerciale devait financer la partie création pour garantir une autonomie maximale.
L’entreprise connaît quelques difficultés de démarrage (projet mal compris, trop "com" pour les uns, trop "art" pour les autres) et conduit finalement à la création d’ULTRALAB™ pour séparer les activités tout en multipliant les passerelles entre les deux entités (les paradoxes ici sont permanents, assumés, revendiqués).

Ils organisent en 1997 — avec Nicolas — dans une galerie de Bordeaux, P.A.R.T.O.U.Z.E.™, exposition de BulldozerGroupe™ qu’ils considèrent à l’époque comme proto-fondatrice d’ULTRALAB™ puis participent à ZAC 99 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (intervention basée sur la dissémination et la dissimulation).
Leurs propositions d’intervention directe (mais discrètes) dans les espaces des autres artistes se révèlent finalement des échecs en raison du rejet parfois très violent de ces actions par les autres artistes…

ULTRALAB™
25, rue des cascades / 75020 Paris
01 43 49 34 41
fax 01 43 15 91 07
www.ultralab-paris.org
www.labomatic.org
P. Nicolas Ledoux
Bref, "romantiques" errants dans les mondes technoîdes, ils savent pourtant définir et circonscrire très exactement leurs territoires de jeux : le travail sur la fiction, sur les interfaces (moyens et outils), réel / virtuel, réel / réel, virtuel / virtuel.

Ils se situent à la croisée des supports et des disciplines, et déplacent les questions dans les différents champs de la création, en utilisant tous les outils disponibles.

ULTRALAB™ est passé maître dans l’art du second degré, de l’humour, des pièges, des leurres, des collisions, des trappes, par crainte du formatage et pour se protéger des discours totalitaires produits par le monde de l’art.

Ils ont le goût de raconter des histoires.
Ils s’attaquent aux problèmes de société, rarement de front, souvent de biais, en dé-contextualisant et en s’amusant avec les situations. Ils se méfient des discours officiels de l’art contemporain, et pratiquent "la relativité générale du geste artistique".

Rester à distance, faire les choses extrêmement sérieusement sans les placer dans un contexte sérieux. Honnêteté et implication maximale qu’ils dissimulent pour se protéger.

Pour eux, puisque tout va trop vite et trop simplement, il s’agit d’organiser, sans le dire, la rupture salvatrice : "quand nous avons les moyens d’aller jusqu’au bout de nos envies et de nos choix nous essayons de freiner et de complexifier nos productions, nos discours et nos méthodes d’intervention", car, disent-ils, "il y a un vrai paradoxe, surtout dans les domaines de la communication ou la vitesse et le "n’importe quoi" l’emportent sur tout le reste, alors nous nous plaçons délibérément dans une position d’observation, de complexité, de ralenti.

Ils connaissent trop bien leur propre milieu pour y adhérer totalement et s’arrangent pour se faire des croches pattes à eux-mêmes qui deviennent des croches pattes aux autres.

Et la conversation roule, roule et sont conviés Terence Malik [1], Olivier Cadiot (qui désamorce le lyrisme alors qu’il est pétri de lyrisme ), les jeux vidéos, les images de synthèse, la science-fiction, Métal Hurlant, Dantec, Houellebecq, Don Delillo [2], jean Claude Moineau, le statut de la peinture, Desplechin, Matrix 2, Jurassik Park, Final Fantasy, des « univers persistants », Mehdi Belhaj Kacem…

Désormais ULTRALAB™ travaille à un projet de long-métrage cinéma de fiction, dont la trame et le sujet restent pour l’essentiel mystérieux (mais il y sera question, bien sûr, d’errance, des morts réelles et virtuelles, d’avatars en perditions dans des mondes improbables, avec des foultitudes d’effets spéciaux mais uniquement dans les détails insignifiants du récit)…

Ainsi vont-ils… Et près d’eux vient cette question : "tout serait-il encore possible dans ce monde ?"

Le groupe Ultralab™ est représenté par la galerie Magda Danvsz, 19 rue Emile Durkheim 75013 (magda magda-gallery.com

 

[1] (Réalisateur, Scénariste, Producteur américain, né en 1943 au Texas, « Le Nouveau monde », « La Balade sauvage », « Les Moissons du ciel »)

[2] (« Americana », « Mao II », « Bruit de fond », « Body Art », « Chien galeux », « Joueurs », « Outremonde », « Weißes Rauschen », « Cosmopolis », « Libra », « Körperzeit »)