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V O Y A G E - A - T É H É R A N

ROKHSHAD NOURDEH

JOURNAL DE VOYAGE

Artiste iranienne vivant actuellement en France, Rokhshad Nourdeh rentre de son périple avec des mots, des images, des sensations. Et une vision du monde bousculée.


Au retour du pays.
Je viens de rentrer de « l’Iran de la méfiance »…

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AUTOPORTRAIT
Dans mon pays natal, on trouve de tout, en vrac : air pollué, manque d’oxygène, classes sociales clivées et indifférentes les unes aux autres, vol, viol, mais aussi générosité orientale, bonheur (tout relatif), anarchie et règles strictes, sauvageries et douceurs…
Je me suis dit : "tant que cette nation ne se réveillera pas et ne prendra pas son destin en main, elle ne trouvera pas la paix en elle-même et le monde non plus ne sera pas en paix… "
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Je vois que les artistes mènent un travail gigantesque pour réanimer l’esprit blessé d’un peuple enragé, malade et fatigué.
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Avant d’accuser l’étranger, je crois qu’il est du devoir de chaque artiste (iranien) de se pencher sur ces questions pour aider les citoyens à prendre conscience de l’état d ’ignorance et d’obscurantisme de leur pays. Seul le travail des artistes, « avec le temps », pourra sauver le monde de cette situation.
Rokhshad Nourdeh
Vidéos
- 2005
« Raid Line », 2’,
« père des lointains », vidéo documentaire, 12’ France- Canada
- 2004
« Gatta » - enfant perdu, Vidéo- happening, Allemagne, Pays-Bas (Hollande), France
« La braise » - souffle rouge, (Orianus 1) » 10’, France
- 2001
« Home », Vidéo, 18’, Grand Canal, France, USA
- 2003
« Over Mithra », la Guerre, la Femme et l’Enfant, 9’, Grand Canal, France
- 2002
« Ï », « Vivre », « Parallel », dans le cadre du projet d’expo. “Parallels”, CICV France, NYC, USA
« Mur mur », Performance, vidéo, 8’, France, NYC, USA
- 2001
« La danse- é – toilée », 7’, Trieste, Italie
- 2000
« Orianuse »- The Dance of a blue confession, a Performance of Colors, 8’, New York
- 1999
« Parvâz », 10’, Paris
Expositions personnelles 2005
- « Nude-clear », Installation composé de : vidéos, dessins, peintures, objet
- artiste invitée dans le programme officiel du festival NovArt, Bordeaux - France 2004
- « Paint- A- Future », Vidéo- Happening et peinture Oude Kerk, Amsterdam, Pays-Bas 2003
- « Scanner », La Gaîté Lyrique, Paris
- « Orianus 1 », Performance, Vidéo- Installation Espace publique, « Fiap Jean Monnet », Artiste invité dans le cadre d’événements du 13ème, Paris
- « Renaîs- Sens », images numérique, Cinéma Le Balzac, Paris
- « Parallels »,Vidéos- Installation, peinture Art Resources Transfer, Inc., New York 2002
- « Mur mur », Performance, vidéo, peinture Art Resources Transfer, Inc., New York 2001
- « Home » , a performance of colors, 50 hs. Galerie Holland Tunnel, New York 2000
- « Orianuse, The dance of a blue confession » LL Gallery New York 1999
- « Peintures et installations », Galerie Hyaline, Marseille 1997
- « Nowrouz », Galerie Transversale, Paris 1994
- « Le voyage », Galerie Seyhoun, Téhéran 1993
- « Les montagnes de Zagross », Espace culturel Pantin 1992
- « Eau, Vent, Terre et Feu », Théâtre de Ménilmontant Paris 1990
- « Mémoire Safran » Galerie Bernanos Paris

Je ne suis pas retournée en Iran pendant 10 ans, et mon immersion dans les milieux parisiens m’a privée d’une source d’inspiration qui ont conduit certains de mes travaux à traiter, sous forme symbolique, des thèmes de l’isolement et de « l’autisme social ».

De retour en Iran, automatiquement mon regard, et le travail qui en a résulté, s’est porté sur les rues et les gens. Tout comme les peintures réalisées après mes différents voyages au pays entre 1983 et 1995. Après chaque voyage, je trouvais mon inspiration dans les images accumulées et dans "l’état de vie sociale" que j’avais partagé avec mes congénères. Poursuivant toujours mes recherches en vidéo et multimedia, je suis penchée depuis l’an dernier, sur le sujet de "l’état de santé des immigrants », de ces nouveaux chercheurs d’Or en pays riches. Mes premiers entretiens ont été faits au Canada entre Mars et Mai 2005. La suite a été tournée en Iran, interrogeant la jeune génération qui souhaite immigrer la plupart du temps vers le Canada et, en dernier lieu , je voudrais porter mon regard sur les immigrés en France et en Europe.

Les hommes continuent à s’enfuir… De quoi ? De qui ? Des autres ? De soi-même ?

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est d’être de plus en plus sur le terrain, de ne plus me laisser instrumentaliser au détriment de mon devoir "d’artiste en résistance », et de sensibliser les intellectuels et ceux qui ont eu la chance de faire des études…

Il faut dire que si j’ai quitté mon pays à l’époque, c’était uniquement pour étudier l’art, car tout était fermé : les universités , les écoles d’art …

1) Premier jour, le 06/01/06 :
Je retrouve le paysage : les montagnes sont toujours là , couvertes de neige. Immenses, elles dominent la capitale ! une capitale sans pareille !
Je redécouvre la grandeur de cette nature. Comment une capitale aussi peuplée que Téhéran, peut-elle être ainsi dominée par l’esprit des montagnes , comme partout ailleurs dans ce pays de steppes ?!
L’altitude de celles-ci influence l’esprit humain … À côté les grattes ciels de New York me paraissaient dérisoires !
Puis, les retrouvaille avec la famille, avec l’enfance. L’exil est déjà loin…

2) 08/01/06 :
Le paysage de la ville : L’urbanisme a évolué d’une façon extravagante.
- Je prends le taxi. Durant les trajets, je m’aperçois qu’une dizaine d’autoroutes a été construite dans la ville, on dirait LA à l’iranienne ! On y retrouve des masses de voitures, errant, condamnées à rouler aux heures du pointe…
- Les villas construites au nord de Téhéran puent l’ individualisme, l’égoïsme et le « m’a-tu vu ? », tout comme puent la mentalité héroïque, le tape à l’œil du nouveau riche iranien au goût du mauvais kitsch, au regard hautain et menton arrogant ! Villas-symboles du cahot culturel et de la non intégration des riches et des pauvres au sein de la société. Manque des moyens et de temps, je n’ai pas pu les photographier. La prochaine fois, ces immeubles seront mes sujets de prise de vue. Je voudrais rebâtir sur un terrain pour y retourner, y revenir, y revivre, … Reconstruire…

3) le 09/01/06 :
La jeunesse est omniprésente (elle représente 40% de la population).
Les filles sont belles. Elles sont, partout, dehors, parfois trop criardes mais très éveillées, bien habillées ; en tunique et pantalon, elle inventent leur « mode » et l’habille !
Les garçons, parfois aux cheveux longs, sont beaux, eux aussi, mais… leur regard est inquiet. Les yeux noirs s’interrogent sur la vie.

4) Du 10/01/06 au 20/01/06 :
Le festival de Fadjre, festival de film, théâtre, musique, …
Même si des critiques peuvent être formulées, c’est une occasion pour retrouver et découvrir des talents…
J’ai vu des réalisations en théâtre contemporain comme Fanz (sublime), ou encore l’Opéra Marionnette de « Rostam et Sohrab » d’après le « Livre des Rois » - l’épopée nationale de Ferdowsi (une naissance de l’opéra en Iran). _ Dans ce dernier, les vêtements étaient fidèles à la mode d’époque et les femmes, dansant, pouvaient se mouvoir librement, les cheveux noirs de Tahmineh la femme de Rostam étaient découverts. Tout cela étant possible car…les personnages simulent des pantins et des marionnettes.

J’ai vu aussi des court-métrages de la jeune génération, d’une maturité impressionnante à tous points de vue : sujets, contenus, scénographies…
On comprend là que ces jeunes, très jeunes, cinéastes, au delà d’être de bons techniciens ont vraiment quelque chose à dire et portent en eux une chaleur et une vraie profondeur.

5) 21/01/06
J’ai visité des ateliers d’artistes et là encore j’ai découvert non seulement des talents de jeunes mais aussi entendu des paroles d’un contenu artistique et d’une portée politique et sociale autres qu’en Occident. Les besoins et les modes d’expressions sont si différents… On parle souvent de la liberté.

6) 22/01/06 La vidéo est le mode d’expression contemporaine le plus moderne en même temps que le moyen le plus adapté pour exprimer l’état du monde.

L’Iran ne produit pas de technologie, la mentalité féodaliste iranienne est autre que celle de la chinoise, qui reste elle aussi féodaliste en dépit de son avancée industrielle.

Un long débat commence à s’instaurer entre un occident démocratique, où le dialogue est possible, et un orient totalitaire et patriarcal(totalement fermé aux mouvements "féministes"), où le tabou régne en tous lieux.

7) 14, 15, 16 /01/06 et les 02, 04, 05/02/06
Je filme :
- des images d’embouteillage et de pollution qui ont causé la mort de 3500 personnes à Téhéran en décembre dernier. Un des deux projets de court-métrage que j’ai en tête.

Le second concernera la jeune génération iranienne et la fuite des potentiels…

8) Le sens de mon propos, le sens de mon travail ? Dissuader les pays riches d’attirer "les cerveaux" et les cadres à haut potentiel des pays pauvres, afin que ces derniers soient obligés de réfléchir à leurs responsabilités civiques et humanitaires au lieu de fuir et consommer ailleurs au service du pouvoir et l’ignorance.

09) Y-a t-il un art des pays pauvres qui se distingue de l’art des pays riches ?