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Y A O - B I N

NOW-HERE, NO-WHERE

11-ART.COM

A l’Est de Pékin, à l’extrémité du quartier 798 Factory, le studio de YAO Bin, 11-ART.COM, se situe à l’intérieur d’une petite usine abandonnée, en face d’une rangée de maisons chinoises de plain-pied. Dès l’entrée principale de l’usine, nous voyons l’inscription “11-ART.COM”, tracée en gros caractères de peinture noire le long des murs de briques gris du studio, comme des piliers immenses qui soutiennent ces vieilles maisons récemment rénovées. Traversant une porte vitrée, nous nous retrouvons au seuil d’un espace carré qui s’étend sur plus de 800 m2, vide, et bien aménagé, prêt à être exploité par des collaborateurs venant de l’extérieur. YAO Bin, créateur de l’espace, s’est détourné de son ordinateur, m’a fait un grand sourire. Son jeune visage m’a impressionnée.

par Xiaoying YUAN

Né en 1973 à Xi An au Nord-Ouest de la Chine, YAO Bin est parti au Japon en 1995 pour faire des études de sculpture. Séduit par le charme de Tokyo, il y est resté après sa Maîtrise pour essayer de travailler en tant qu’artiste indépendant. Sa passion pour la musique l’a conduit vers la musique électronique, ce qui a bientôt orienté sa curiosité vers l’art du multimédia. Pendant un an, YAO Bin a baigné dans ce monde fondé sur les nouvelles technologies, essayant de comprendre ce nouveau langage artistique en faisant des tests simples avec ses propres moyens. Un an plus tard, il a monté sa première installation-performance sur le thème de l’eau dans une galerie de Tokyo. Ainsi a commencé sa carrière dans l’art du multimédia au Japon.

D’après YAO Bin, c’est grâce à ses dix années passées au Japon qu’il a pu grandir et mûrir pour enfin devenir un homme, et le fait qu’il soit enfin devenu un artiste dans l’art du multimédia est plutôt dû au hasard, sans quoi il n’aurait jamais eu autant de surprises dans la vie. La découverte de l’art du multimédia lui a offert de nouvelles possibilités d’exprimer ses pensées, tout en rendant la tâche de la création plus simple et plus efficace. “Par exemple, lorsqu’on travaille sur une sculpture de pierre volumineuse, pour hisser une grosse pierre nous devons louer une grue. Avec l’art du multimédia, tu n’as qu’à travailler sur l’ordinateur, suspendre la pierre par des ondes sonores, puis projeter l’image de synthèse sur un écran ou un morceau de mur blanc. C’est incroyable, non ? ”

Un autre avantage de l’art du multimédia par rapport aux autres langages artistiques est son aspect “sans division territoriale”. Pour YAO Bin, l’art du multimédia est le meilleur outil de communication que les êtres humains ont su trouvé aujourd’hui. La naissance du micro-ordinateur a permis aux gens venant des quatre coins du monde de communiquer sans avoir à se préoccuper de la localisation culturelle.

Sa première exposition dans l’art du multimédia en Chine, en 2004, a marqué un tournant dans la vie de YAO Bin. « C’est à ce moment-là que j’ai senti une opportunité de faire ma vie dans l’art du muldimédia. Si l’on devait faire quelque chose dans l’art du muldimédia en Chine, c’était tout de suite, pas dans deux ans ! » L’art du muldimédia était quasiment absent dans l’art contemporain en Chine à l’époque, les artistes chinois faisant de la recherche dans ce domaine étaient encore très peu nombreux. Face à cette situation, YAO Bin a pris la grande décision de sa vie. En un mois, il a fait le point sur sa vie au Japon et est revenu en Chine sans aucune hésitation. « Trouver un partenaire et un studio, signer le contrat, monter une équipe, construire un espace… Nous avons effectué toutes ces démarches en trois mois. » Avec une efficacité impressionnante, YAO Bin a monté son agence de l’art du muldimédia à la veille du Nouvel An 2005, et son ambition ne se limitait plus à être un artiste mais un agent de production qui jouera en Chine le rôle de ICC New Media Art Centre au Japon.

XIAOYING YUAN correspondante de SKLUNK à Beijing
Chaque élément de l’espace de YAO Bin possède une signification spéciale. « 11 » signifie tout d’abord la position de l’être humain vis-à-vis de la société où il vit. La répétition du chiffre « 1 » prononcé en anglais, « ONE ONE », de même que sa prononciation en chinois, « yi », constituent, d’une manière inattendue, le sens de « PLAY » (WAN YI WAN, 玩一玩) dans la langue chinoise. Le « 11- ART » est ainsi devenu « PLAY ART » (玩一玩艺术). L’art est devenu un jeu d’après le nom du studio de YAO Bin, et la localisation de ce jeu est définie sur un plan international, interprété par le suffixe, « .COM ». Au cours des deux années passées, YAO Bin a persisté dans son choix de faire de son studio un des premiers organismes privés pour l’art du muldimédia à Pékin. Ses activités se concentrent principalement sur les expositions dans son propre espace ainsi que la création d’événements commerciaux pour des entreprises à Pékin, à l’occasion de la promotion saisonnière de leurs nouveaux produits. Tous les commissaires ou agents travaillant dans l’art du multimédia sont invités à exploiter l’espace du « 11-ART.COM » afin de monter leurs propres expositions. Selon le thème et l’importance de l’exposition, l’espace de YAO Bin peut être payant ou gratuit.

Au cours des deux années passées, l’espace du « 11-ART.COM » a monté plus de dix expositions sur les Arts visuels, la musique électronique, le Net Art, … les œuvres et les artistes exposés venaient des quatre coins du monde. Aujourd’hui, tout le monde sait que dans 798 Factory, l’espace de YAO Bin « est un centre d’art du multimédia ». Bien que les quatre employés permanents du « 11-ART.COM » - YAO Bin, sa jeune assistante chinoise, son partenaire japonais et son partenaire chinois - ne soient pas encore tout à fait familiarisés avec tous les outils et les techniques employés dans l’art du multimédia, par rapport aux autres galeries de Pékin, ils sont déjà considérés comme des « professionnels » dans cet art nouvellement arrivé en Chine il y a seulement deux ans.

Pourtant, faire survivre un tel espace n’est pas du tout aisé en Chine, surtout quand le gouvernement n’a pas encore pris conscience de l’importance de l’art et de la culture dans une société moderne. La Chine d’aujourd’hui s’efforce de se débarrasser de son ancienne indigence économique et de régler les problèmes liés à la surpopulation. La prospérité et la richesse sont, en réalité, centralisées à Pékin et à Shanghai (Guangzhou, capitale de la province du Guangdong dans le Sud, ne peut même pas figurer parmi les villes prospères), et ne sont le privilège que d’un petit groupe. L’art, si l’on peut le considérer comme un produit, dans ce pays où la plupart des gens ne vivent encore que pour se loger et se nourrir, apparaît comme quelque chose de trop luxueux, voire inutile, qui n’a aucun rapport avec la vie et la réalité. Si l’art a pu tout de même trouvé sa place dans la société chinoise contemporaine, c’est parce qu’il n’est pas, dans la plupart des cas, considéré comme une recherche sérieuse mais plutôt comme un métier accessoire dans l’industrie. Les artistes chinois connus dans le monde de l’art contemporain en Occident n’existent pas pour une population chinoise qui s’élève à 1,3 milliard d’individus ; les artistes chinois connus dans le monde de l’art contemporain sont considérés comme quantité négligeable, sans parler de leur évolution idéologique. Comme dans l’Europe d’il y a 20 ans, lorsque les nouvelles technologies ont fait irruption sur le marché chinois à la fin des années 90, tous les arts fondés sur le micro-ordinateur ont cédé la place au pragmatisme. Aujourd’hui, les étudiants sortis des grandes écoles d’art en Chine sont les meilleures mains- d’œuvre dans les métiers de la IT ou de la publicité. Et l’art du multimédia, représentatif des « animations », ou autres appellations concernant la « médiation circulée », pour le gouvernement, n’est aujourd’hui qu’un symbole pour montrer à l’Occident la prospérité économique chinoise et un outil d’ambiance originale qui rend la vie du peuple plus excitante.

Nous pouvons facilement imaginer les difficultés de YAO Bin, ainsi que de tous ceux qui essayent de survivre dans l’art en Chine, surtout dans l’art du multimédia. Le voyant, assis devant son bureau, angoissé et épuisé, nous nous demandons si le choix de YAO Bin – d’avoir monté un studio d’art du multimédia en Chine il y a deux ans - n’était pas une démarche prématurée par rapport aux réalités du pays. Jusqu’à présent, il n’y a pas encore d’organisme officiel pour soutenir l’art et la culture en Chine, comme le font les fondations en Occident. Les jeunes gens comme YAO Bin n’ont absolument aucune assistance ni aucune garantie pour faire fonctionner leurs propres structures. Cependant, quelles que soient les difficultés qu’il a connues après la fondation de son studio, YAO Bin reste toujours fidèle à son choix, sans aucune intention de changer de voie. Pour l’instant, les futurs projets du « 11-ART.COM » sont programmés jusqu’en Septembre 2006. Quand nous avons posé la question sur l’avenir de l’art du multimédia en Chine, la réponse de YAO Bin a été fort positive : « Je crois vraiment qu’un jour l’art du multimédia va enfin trouver sa place en Chine, l’avenir de cet art dans ce pays est sûrement brillant. »



EVENEMENTS DU MOIS A BEIJING

VISONIC À 3.3

Vision + Sound Live performance

Pékin, les 1er et 2 avril 2006, 19H00-21H00

Trois groupes de jeunes vidéastes venant de différents pays ont été invités à donner une performance de vidéo et son live sur la terrasse du Centre commercial de Pékin, 3.3.

Ce grand événement artistique sponsorisé par 3.3 (et co-sponsorisé par Shanshui Records) a fait du Centre le bâtiment le plus connu de Pékin en avril 2006.

La performance a commencé juste après le coucher du soleil, sur la terrasse du Centre commercial de Pékin 3.3 qui se situe au milieu de la première “Bars Street”. L’avenue donne accès au plus ancien quartier des ambassades et à plusieurs hôtels cinq étoiles de Pékin.

C’est la première fois qu’une telle performance avait lieu dans un centre commercial de Pékin. Durant deux heures, des œuvres vidéos ont été projetées sans interruption sur l’écran géant LED du Centre commercial ainsi que sur la façade de l’immeuble, recouverte de « LED Light ». Le bâtiment du Centre commercial 3.3 est le premier mais aussi le seul bâtiment de Pékin à être construit de cette manière. Les musiques live ont attiré beaucoup de visiteurs, réunis pour l’occasion sur la terrasse, ce qui a rendu la fameuse “Bars Street” davantage animée et excitante.

Parmi les trois groupes de vidéastes participant à la performance :
- “pulpo” et Vision Park,groupes pékinois,
- Gogo (voir SKLUNK 2) de Beijing
- Olivier et Benjamin Beller, France,
- Falk Kagelmacher, Allemagne.

“UNIVERSAL STUDIOS” INAUGURE SA PREMIÈRE EXPOSITION À PÉKIN

Pékin, le 15 avril 2006, 17H00-19H00

“Universal Studios” est un espace d’exposition d’art contemporain à l’Est de Pékin, situé au milieu d’un nouveau quartier d’art dénommé CAO CHANG DI où se trouve réunie une partie des personnalités les plus connues de la Capitale dans le domaine de l’architecture (AI Weiwei revenant des Etats-Unis) et dans le domaine de l’art (PI Li de l’Académie centrale de Pékin). L’espace a été créé par Waling Goers, directeur du BüroFriedrich de Berlin et PI Li, jeune commissaire d’exposition et critique d’art à Pékin. Il est principalement consacré aux expositions internationales sur l’architecture, le cinéma, le design et les arts visuels.

Soutenu financièrement par plusieurs fondations et organismes européens (ZKM en Allemagne, AFAA en France…), les “Universal Studios” de Pékin possèdent une résidence d’artistes, un atelier et un grand espace d’exposition qui s’étend sur 1000m². L’exposition inaugurale du 15 avril 2006 “Under the Skin” présente les œuvres de trois artistes venant respectivement de Pékin (JIANG Zhi), de Shanghai (ZHOU Zixi) et des Pays-Bas (Aernout MIK). La photographie, la vidéo, la sculpture et la peinture, ces différents travaux artistiques montrent ensemble tous les aspects de la société moderne et turbulente, ainsi que l’existence des individus dans une telle société.

 

XIAOYING YUAN

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