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LA FORCE (du Ministère) DE L'ART (1)

SUR UNE NOTE INTERNE DU MINISTÈRE DE LA CULTURE...

Du Ministère de la Culture Français nous connaissions :
- les placards dorés,
- les brigades d’inspecteurs de la création artistique, arrogants, désinvoltes et partisans,
- les listes d’artistes officiels,
- les mesures et les contres mesures,
- les dysfonctionnements légendaires d’une Direction à l’autre,
- les adoubements et les excommunications,
- les passages à la trappe,
- les « mises au pas »,
- les règlements de compte,
- les tombereaux d’études scellées au fond des tiroirs.
- la confusion entre Service Public et carrière personnelle,
- la confusion entre Politique Culturelle et frénésie moderniste,
- la confusion entre humilité et "propagande de soi".
- les rodomontades des « chargés de mission » dispensant sans retenue leurs « analyses », leurs « points de vue », leur « éthique », et décidant, seuls, sans mandats et forts de leur pouvoir discrétionnaire, de financer ou non, généralement avec les miettes de budget qui leur échoit, ce qui vaut attention et de décider donc, aussi, de ce qui doit disparaître.

Tout ceci est connu et constitue un des éléments de la fameuse exception culturelle française. On en finirait plus de relater les exploits de cette administration clientéliste, carnassière, mais franchement rigolote à observer quand on a compris et admis qu’il n’y avait rien à en attendre, ni rien à en espérer. (sauf à pratiquer le cynisme avec jubilation).

Voici que nous arrivent les fiches pratiques du prêt à penser technocratique (version Courteline) appliqué au monde de l’art. Somptueuses de vacuité et de bétise. En voici une, dont l’ambition est de permettre au chargé de mission de base de s’y retrouver dans la complexité des idées et des concepts artistiques et qui les enseigne sur ce qu’il convient de savoir quant à la « définition du succès ». On comprend mieux à lire ce qui suit pourquoi certains émigrent, se recyclent dans l’humanitaire, le toilettage pour chiens ou sur-dosent leur ration quotidienne d’anxiolytiques.

« Il s’agit de définir avec le plus de précision possible la situation qui correspondrait au succès dans l’action ou l’objectif considéré. L’idée est d’arriver à une description suffisamment spécifique pour que l’on puisse formellement reconnaître cette situation lorsqu’elle advient, afin de permettre de mieux formaliser ultérieurement les cibles de résultats sur lesquelles s’engagera le Ministère. Il convient dès lors de passer d’une définition qualitative à une description objective et quantifiable.

Il est recommandé à cet effet de commencer par une description un peu générale, puis de tenter de préciser chacun des qualificatifs qui ont été utilisés pour la décrire de façon cette fois-ci la plus précise possible.

Par exemple : définition du succès pour la sous-action « Aide à la création et aux nouvelles écritures »
Définition générique : « une activité de création et de recherche musicale, dramatique, chorégraphique riche, diversifiée, renouvelée. »
Définition spécifique : « On considère que la création est riche lorsqu’elle représente un apport qualitatif qui reflète une intensité du travail de l’artiste et des ruptures innovatrices avec ce qui se fait par ailleurs. Cette dimension purement qualitative est extrêmement difficile à mesurer car elle participe d’une certaine façon, dans l’état actuel de la science et des connaissances, du mystère de l’art. Néanmoins, elle est généralement corrélée avec des critiques positives de la part des milieux experts, et un intérêt des spécialistes du domaine qui ont tendance à reprendre à leur compte certaines innovations, et ce au niveau mondial. A ce titre, la richesse de la création participe pleinement au rayonnement de la France qui fait partie des missions du Ministère. Etant donné ces éléments, nous considérons que la création française est riche lorsqu’elle a fait l’objet de publications dans des les revues spécialisées X, Y et Z sur plus de 10 sujets annuels.
On considère que la création est diversifiée lorsque d’une part elle est équilibrée entre les disciplines musicale/dramatique et chorégraphique mais également lorsqu’au sein de ces disciplines apparaît une profusion de genres ou styles. Les genres étant multiples et la vivacité de la création contribuant précisément à brouiller les frontières entre les genre, il est de nouveau difficile de mesurer cette diversité. Néanmoins, elle est généralement corrélées avec le niveau de profusion des scènes les plus avant-gardistes qui sont pour ainsi dire « en bout de chaîne ». Ainsi, si les scènes avant-gardistes sont vivace, c’est que l’ensemble de la filière est représentée et diverse. Si elles ne le sont pas, on peut présumer qu’au moins certains genres sont victimes de désaffection de la part des artistes comme du public.
On considère que la création est renouvelée quand elle dépasse un certain rythme annuel de production estimé à x par an dans le domaine du théâtre, y par an dans le domaine de la musique et z pour la chorégraphie. »


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MARIA CLARA JEAN

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