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L E T T R E - A - MR - D E L A N O Ë

LETTRE OUVERTE A MONSIEUR BERTRAND DELANOË POUR LA CREATION D'UN POLE D'IMAGINATION URBAINE

Sous la présidence d’honneur de Malité Matta, (veuve de Roberto Matta, mère de Gordon Matta-Clark, figure de la création de Centre Georges Pompidou) plus de 100 personnalités s’indignent des renoncements de la ville de Paris en faveur des arts urbains depuis un équipement culturel de proximité à Belleville : l’objectif pour la ville était de conduire depuis ces ateliers une politique d’accueil d’artistes urbains (toutes disciplines) avec des moyens de production et d’organiser des temps de présentation des œuvres dans la ville. Le lieu existe propriété de la ville, des projets ont été formulés (une consultation sous forme de marché public) avait été organisée. Mais voilà, la ville a renoncé sous pression. Le lieu va donc redevenir un hangar à artistes sans direction artistique, sans moyens, sans équipement. A l’heure où le renouvellement des relations de l’art aux populations par une inscription forte des artistes dans le territoire n’est plus que jamais d’actualité, les signataires appellent de leur voeux la création d’un pôle d’imagination urbaine à Paris. Parmi les signataires : des artistes, des architectes, des programmateurs, des galeristes, des critiques d’art, des chercheurs dont Pierre Bongiovanni, Michel Crespin, Patricia Dorfmann, Thierry De Duve, François Seigneur, Agnès B…

+ + + + + + Les artistes initiateurs de l’appel travaillent à Belleville :
- ici-même [Mark Etc, Kristof Guez, Eric Ménard, Nataska RouBlov] est une coopérative d’artistes conventionnée par le Ministère de la culture dont les réalisations, performances plastiques et vivantes proposent des usages exploratoires de la ville.
- Aleteia, L’atlas, BaBou, Jean Faucheur, -G-, Ln, Popay, Sun 7, Tanc, Teurk, Yaze, par-delà leur création respectives dans la ville qui s’étendent du street art à la performance publique sont les initiateurs de la plupart des expositions proposées depuis les ateliers de Belleville depuis 2 ans ainsi que d’une fresque monumentale au devant du site.

Signataires

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COMMUNIQUÉ

3 générations d’artistes mobilisés pour une politique en faveur des arts urbains & pour la création d’un “pôle d’imagination urbaine” à Paris.

Reconnus pour stimuler la reconquête citoyenne des espaces publics, pour s’adresser à tous sans discrimination, pour déplacer les rituels et renouveler les relations de l’art à la société, les arts urbains manquent crucialement d’outils et de moyens professionnels à Paris. Pourtant, la ville de Paris renonce aujourd’hui encore à sa propre ambition de transformer en “outil de production professionnel pour les arts urbains contemporains” ses ateliers 23-25 rue Ramponeau (réhabilités pour 4 millions d’euros). Ce renoncement est grave parce que l’équipement au carrefour de 4 arrondissements et de 100 000 habitants est promis à se refermer sur lui-même en demeurant un dortoir d’artistes sans moyens de production. Ce renoncement est incompréhensible parce qu’aujourd’hui, ce n’est pas seulement la place qui manque à l’art pour s’élaborer, mais c’est aussi l’art qui manque aux places : les arts urbains, alibi de médiation et de démocratisation des institutions culturelles, vitrine des fêtes urbaines, est-ce là une politique culturelle à la hauteur des enjeux ? Aux côtés des artistes qui travaillent l’art du contexte et du détournement partout où la ville s’éveille, les forces manquent, la ville de Paris manque à nos pratiques. C’est pourquoi les signataires revendiquent :
- une politique permanente et interdisciplinaire pour les arts dans la ville,
- la création d’un pôle d’imagination urbaine animé par une direction artistique cohérente et doté de moyens d’accompagnement significatifs.

Il est encore temps.

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LETTRE OUVERTE A MONSIEUR BERTRAND DELANOË POUR LA CREATION D’UN POLE D’IMAGINATION URBAINE

Monsieur le Maire,

A Belleville, pour Belleville, au carrefour de 4 arrondissements, nous avons rêvé d’un lieu de création, dynamique ouvert à la ville, aux habitants et aux expressions artistiques les plus contemporaines.

Ce lieu existe.

Vous disposiez d’un équipement culturel de proximité de qualité (17 ateliers et une halle de 400m2), ancien squat réhabilité par la ville de Paris pour quelque 4 millions d’euros. Vous aviez l’ambition de franchir une nouvelle étape en ouvrant l’équipement à la cité et en le dotant de moyens significatifs.

Vous souhaitiez créer “un lieu de production et de création d’objets artistiques contemporains et d’événements urbains“. Vous vous engagiez à concilier usages historiques du lieu -en pérennisant 11 ateliers privatifs permanents- et développement d’un projet capable de garantir des conditions d’exercice professionnel, “de répondre aux nouvelles dynamiques artistiques, sociales et associatives et aux enjeux urbains propres au bas-belleville”. Vous aviez organisé dans cet esprit deux consultations.

A l’heure de la troisième consultation, nous ne pouvons croire que vous avez tout simplement renoncé. Nous, artistes urbains, artistes contemporains, constatons avec stupéfaction que cette consultation est expurgée non seulement “des apports financiers directs” aux fonctions de création mais aussi des objectifs nouveaux de production “d’événements et d’objets dans la ville”.

Tout ça pour revenir à ça !

Un simple“ lieu de travail et de résidences“ sans moyens d’accompagnement professionnel aux artistes accueillis :
- une vision minimaliste et décomplexée de l’intervention publique - dans laquelle désigner un gestionnaire pour collecter des loyers tiendrait lieu de “politique d’accueil et de résidence”,
- une vision caricaturale de “l’ouverture à la ville” - où la cité des artistes renfermée sur elle-même s’ouvrirait à la ville au printemps pour les portes ouvertes et les mercredis pour les ateliers de pratiques amateur,
- une vision restrictive des formes de la création contemporaine, circonscrites désormais aux “arts plastiques, principalement”,
- une vision discriminatoire des artistes où les uns, permanents jouissent d’un bien sans contrepartie “au nom de leur légitimité sur le site” tandis que les autres sont soumis au turn over permanent au nom “ du manque d’espaces de travail à Paris”.

Tout ça au milieu de Belleville, au contact d’un bassin immédiat de 100 000 habitants et au-delà.

Nous, artistes urbains, artistes contemporains, nous vivons à Paris, nous travaillons à Paris et partout où la ville s’éveille. Nous qui avons en commun de faire de la ville notre matière première et du renouvellement de la relation aux populations notre enjeu, tous à notre manière, nous avons appris l’art du franchissement pour être entendu : l’art de l’aïkido, l’art du contexte, l’art du détournement. Nous savons les forces qu’il faut mobiliser pour parler à la ville sans discrimination : l’art de la courte échelle, l’art de la ruse pour déjouer les préjugés, l’art de faire circuler quelques idées entre les grands ensembles et toutes les conditions urbaines.

Et pourtant, les forces manquent, les moyens dédiés à produire et à accompagner l’art dans la ville demeurent marginaux malgré les avancées que nous saluons volontiers, notamment dans le champ de la commande publique et des grands événements, le Tramway, Nuit blanche…même si, comme vous le savez, les autoroutes de la fête urbaine et de la communication politique ne peuvent juguler seules la culture à deux vitesses qui sépare et qui isole.

Les forces manquent, la ville de Paris manque à nos pratiques. Nous artistes urbains, artistes contemporains, demandons résolument à ce que les potentiels et les missions de service public d’un équipement culturel de proximité ne se referment pas sur lui-même et que vos ambitions en la matière soient relancées. Bien-sûr Paris compte de nombreuses scènes et équipements. Mais multiplier les lieux d’art, sanctuariser les artistes dans les lieux, voilà qui ne suffit plus à inscrire l’art dans la vie. Institutionnaliser des friches artistiques, sans autre projet que d’entretenir l’image réconfortante et dix-neuvièmiste de la présence artistique dans les quartiers, voilà qui ne serait tenir lieu de politique culturelle à la hauteur des enjeux. Ce n’est pas seulement la place qui manque à l’art pour s’élaborer, mais l’art qui manque aux places. Nous le savons par excellence, nous qui avons appris à nous inviter dans le quotidien, à inventer de nouveaux liens publics, à perturber les certitudes, à interroger ce que l’on fait ensemble, à rendre les montres molles aux poignets et à inverser les sens interdits…

C’est pourquoi, nous demandons des outils qualifiés, nous demandons des moyens. Et quand nous parlons d’équipement culturel de proximité, nous n’avons besoin ni de rente de situation ni de promoteur culturel alternatif. La création d’un pôle d’imagination urbaine que nous appelons de nos vœux trouve pleinement son sens s’il est doté de moyens significatifs pour produire ou contribuer à produire des œuvres, si des espaces mutualisables sont de nature à offrir une plus-value technique aux artistes et si d’autres, privatifs, constituent de vrais outils de projets, enfin, si sa direction artistique répond à une mission d’ouverture à la ville, afin de rencontrer véritablement la population dans la ville de tous les jours.

En effet, jalonner les chantiers de la création de rendez-vous publics et d’actions de médiation pour s’assurer de la participation de tous ne suffit plus. Encore faut-il soutenir les pratiques artistiques qui arpentent en profondeur notre quotidien et renouvellent sans cesse le rituel de la relation de l’art et de la société. C’est cela que nous attendons d’une politique culturelle de gauche.

Nous n’opposons pas les pratiques, mais nous demandons la prise en compte de nos expressions, œuvres pour la ville, mêlées, multiples, indisciplinaires, représentatives de la création contemporaine, dans leur diversité formelle -œuvres vivantes ou plastiques, éphémères ou pérennes, performatives, sonores, graphiques…

Nous demandons à la ville de Paris de prendre sa part dans le soutien à ce champ artistique à travers une politique interdirectionnelle et interdisciplinaire cohérente et permanente, pour les arts dans la ville.

Nous demandons la création d’un pôle d’imagination urbaine pilote à Paris.

Nous contestons vivement les termes et les conditions de la nouvelle consultation relative à la gestion et au devenir des ateliers du 23-25 rue Ramponeau. Nous demandons solennellement l’ouverture d’une concertation à la hauteur de vos ambitions.

Nous demandons à ce que les représentants du collectif il est 5 heures soient reçus dans les meilleurs délais.

Dans cette attente, veuillez croire, Monsieur le Maire, en l’expression de nos plus sincères salutations.

Les Collectif il est 5 heures, Paris… et les 100 premiers signataires de l’appel.

Les artistes du collectif “il est 5 heures, Paris…” vivent à paris et travaillent quotidiennement au 23-25 rue ramponeau 75020 paris les artistes : Aleteia, L’Atlas, Babou, Jean Faucheur, -G-, Groupe ici-même [Mark Etc, Kristof]