Interdire la colocation : est-ce possible en France ?

Refuser la colocation n’est pas toujours un droit acquis pour le propriétaire, même si la copropriété affiche noir sur blanc son hostilité à l’hébergement collectif. Le bail, la nature du logement et la façon dont les colocataires s’organisent pèsent lourd dans la balance juridique.

Dans certaines villes, surtout là où les loyers s’envolent, des règles strictes limitent la division des logements ou fixent un seuil d’occupants. Pourtant, lorsqu’un règlement intérieur tente d’interdire globalement la colocation, les tribunaux restent prudents : la règle n’a rien d’automatique et tombe souvent en justice.

Colocation en France : ce que prévoit la loi

En France, la colocation est encadrée par des textes précis. La loi ALUR, votée en 2014, a clarifié la situation pour les colocataires en résidence principale, qu’ils aient choisi le meublé ou le vide. Aujourd’hui, le bail doit être rédigé par écrit, signé par tous les locataires et le bailleur. Deux formats sont possibles : soit un seul contrat pour tout le groupe, soit un bail individuel pour chacun, mais tous doivent occuper le bien en tant que résidence principale.

Souvent, une clause de solidarité s’invite dans le bail : chaque colocataire se porte garant du paiement de la totalité du loyer et des charges, même si l’un d’eux fait ses valises. Même logique pour la caution solidaire : le propriétaire peut s’appuyer sur la garantie d’un tiers en cas de défaillance. Cette solidarité, fixée dès la signature, perdure jusqu’à la fin du bail ou jusqu’à ce qu’un nouveau colocataire prenne la relève.

Il ne faut pas confondre la colocation avec d’autres formes d’occupation collective. La sous-location, par exemple, est soumise à des règles bien différentes. Le propriétaire, de son côté, doit respecter la réglementation classique : plafonds de loyer en zone tendue, diagnostics obligatoires, restitution du dépôt de garantie, rien ne change par rapport à un locataire seul.

Voici les points clés à retenir pour toute colocation en France :

  • Un bail écrit, signé par tous, est obligatoire.
  • Chaque colocataire a les mêmes droits et devoirs qu’un locataire classique.
  • La loi prévoit des règles spécifiques en cas de départ ou d’arrivée d’un colocataire.

La colocation est donc loin d’être un bricolage juridique : son encadrement protège autant le propriétaire que les habitants du logement partagé.

Peut-on refuser la colocation dans un bien en location ?

La colocation est autorisée par la loi du 6 juillet 1989. Pour qu’un propriétaire puisse réellement refuser la colocation, il lui faut invoquer des motifs précis, prévus par la législation. Une hostilité de principe ou une interdiction sans fondement légal n’a aucune portée.

Des restrictions peuvent effectivement figurer dans le bail, sous forme de clause, mais leur validité dépend de leur justification. Si la clause limite la jouissance normale du bien, les tribunaux n’hésitent pas à l’écarter. Par ailleurs, la colocation ne change pas la destination de l’immeuble tant que le logement reste utilisé comme habitation principale et que sa capacité d’accueil est respectée. Une simple mention d’« habitation bourgeoise » dans le règlement de copropriété ne suffit pas à évincer la colocation, sauf preuve d’une atteinte réelle à la vocation résidentielle de l’immeuble.

Le règlement de copropriété peut encadrer certains usages, mais toute restriction doit viser la préservation de l’ambiance ou du standing de l’immeuble. Les décisions de justice, qu’elles soient civiles ou administratives, rappellent que l’interdiction de la colocation ne tient que si elle repose sur la destination de l’immeuble ou sur des dispositions précises des actes de copropriété. Que ce soit à Paris ou ailleurs, seul le juge peut trancher en cas de clause abusive, protégeant ainsi les locataires contre les excès.

Règlement de copropriété et colocation : pièges à éviter pour les propriétaires

Le règlement de copropriété s’applique à tous les acteurs de l’immeuble. Avant de louer, il est primordial de vérifier la destination de l’immeuble. Si le bien est à usage exclusivement « bourgeois » ou d’habitation, certains usages peuvent être limités, mais la colocation n’est exclue que si elle est expressément mentionnée ou si elle provoque des troubles avérés.

La jurisprudence distingue clairement la colocation d’une location meublée touristique ou d’une location saisonnière. Tant que le nombre maximum d’occupants est respecté et qu’aucune nuisance n’est constatée dans les parties communes, la colocation ne remet pas en cause la destination du bien. Les règlements doivent donc cibler précisément leurs interdictions. Un simple rappel du « caractère bourgeois » ne suffit pas : il faut démontrer une dégradation du standing ou de la tranquillité de l’immeuble.

Avant de prendre position, les propriétaires devraient se poser les questions suivantes :

  • La rédaction du règlement est-elle claire ? Si une clause interdit la colocation, elle doit être explicite.
  • La colocation risque-t-elle de perturber la gestion des parties communes : ascenseur, poubelles, circulation dans l’immeuble ?
  • En cas de doute, le syndicat des copropriétaires peut être consulté avant toute modification du règlement ou pour l’interprétation d’une clause existante.

Les juges interprètent les articles du règlement de façon stricte. La colocation, qui n’est ni de la location courte durée ni de la location touristique, relève du droit commun de la location d’habitation. Les interdictions sans motif exposent le propriétaire à leur annulation, la justice veillant à la protection des locataires et à la cohérence de l’usage des immeubles.

Propriétaire vérifiant un document de location dans un couloir d

Gérer sereinement une demande de colocation : conseils pratiques

La colocation s’est imposée comme une réalité incontournable de la gestion locative, surtout dans les grandes villes où étudiants et jeunes actifs partagent les loyers. Pour un propriétaire, anticiper chaque étape fait toute la différence. Avant de s’engager, il est judicieux de rencontrer tous les candidats, d’échanger sur leur projet collectif, de vérifier la cohérence de leurs attentes, leurs situations professionnelles ou étudiantes.

Au moment de rédiger le contrat de location, optez pour un bail unique avec clause de solidarité : chaque colocataire reste responsable de l’intégralité du loyer, ce qui sécurise le bailleur. La caution solidaire pour chacun des occupants est une précaution indispensable, notamment face à la mobilité des étudiants ou jeunes salariés.

Pour une gestion efficace, gardez en tête ces recommandations :

  • Demandez à chaque candidat de fournir les pièces justificatives nécessaires, sans discrimination.
  • Précisez dans le règlement intérieur, même succinct, la répartition des charges et l’organisation des espaces communs.
  • Préparez une visite annuelle du logement pour repérer d’éventuelles difficultés ou dégradations.

Si un point vous échappe, n’hésitez pas à solliciter un professionnel du droit, comme amandine labro, avocate au barreau de Paris. Une colocation bien encadrée s’intègre sans heurts dans la copropriété et préserve la valeur du bien. Préparer, contractualiser, dialoguer : la gestion locative y gagne en clarté, les rapports humains en sérénité. Et si la colocation dessinait, finalement, une nouvelle carte de la confiance entre propriétaire et locataires ?