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Accueil du site > N°03 > CE QUI ME TUE ME SAUVE
J E A N N E - L I S E - S O L A R

CE QUI ME TUE ME SAUVE

LE 7 MAI 2003 JEANNE LISE SOLAR SE PRECIPITE PAR LA FENETRE DU 7ÈME ETAGE DE L’APPARTEMENT QU’ELLE OCCUPE À PARIS.

CE JOUR LÀ, JE SUIS A STRASBOURG POUR DÉCOUVRIR LA DERNIÈRE CRÉATION PERFORMANCE D’ÉLÉONORE HÉLIO ET DE SES ÉTUDIANTS DE L’ÉCOLE D’ART.

CE JOUR-LÀ, MES JAMBES SONT PARALYSÉES PAR UN MAL INCONNU DONT JE NE COMPRENDS PAS LES CAUSES, SAUF QU’IL EST EN RELATION AVEC JEANNE LISE.

JE L’IMAGINE DANS LA PEINE ET NE SAIS QUOI ENTREPRENDRE.

CE JOUR-LÀ, SANS QUE JE LE SACHE ENCORE, LE MONDE DANS LEQUEL JE VIS BASCULE DÉFINITIVEMENT.

JE NE SAURAIS DIRE EN QUOI CELUI D’AUJOURD’HUI EST DIFFÉRENT DE CELUI D’ALORS, SAUF QU’IL S’AGIT VÉRITABLEMENT D’UN AUTRE MONDE.

JEANNE LISE SOLAR EST COMÉDIENNE, ATTACHÉE AU TRAVAIL DU METTEUR EN SCÈNE FRANCISCO MOURA, DONT ELLE ACCOMPAGNE LES RECHERCHES ET PARTAGE LES PASSIONS.

ELLE VIENT VERS MOI, COMME ON ARAISONNE UN NAVIRE, A L’OCCASION D’UNE MANIFESTATION ARTISTIQUE A LAQUELLE JE PARTICIPE A ISSY-LES-MOULINEAUX.

ENSUITE JE LA RENCONTRE REGULIEREMENT DANS LES LOCAUX DU THÉÂTRE DE LA GAITÉ LYRIQUE, ALORS EN PRÉFIGURATION D’UN HYPOTHÉTIQUE FUTUR CENTRE DÉDIÉ AUX ARTS ÉLECTRONIQUES.
JE LUI PROPOSE DE PARTICIPER À LA MANIFESTATION "NUIT BLANCHE" DONT JE SUIS CETTE ANNÉE-LÀ (2003) UN DES COMMISSAIRES.

JE L’INVITE À ME PRÉSENTER SON PROJET ET SES IDÉES LORS DE CONVERSATIONS FILMÉES EN VIDÉO.
ELLE CHOISIT DEUX THÈMES : LA CRÉATION, LA PASSION.

ÉVOQUANT LISE, CAMILLE RENARHD (SKLUNK 1) ME DIT QUE LA DISPARITION BRUTALE DE CERTAINS ÊTRES LIBÉRE UNE CONSIDÉRABLE ÉNERGIE QU’IL NOUS APPARTIENT DE RECEVOIR ET DE FÉCONDER.

TROIS ANS PLUS LOIN ET N’AYANT, ENTRE TEMPS, PENSÉ ET VÉCU QUE DES BÉTISES, LES MIENNES DÉMULTIPLIANT CELLES DES AUTRES, ET VICE-VERSA, JE PEUX FINIR DE RECEVOIR ET FÉCONDER ENFIN LA FANTASTIQUE QUANTITÉ D’ÉNERGIE ALORS REçUE.
CEUX QUI ME TUENT ME SAUVENT.
Pierre Bongiovanni

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Le désir de théâtre, nager juste avant la noyade, Léo Carax, ce qui me sauve, la séduction, Michel Poivert, Walter Benjamin, Tchékov, Claude Régy, Jean-François Peyret…

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Philippe Sollers, Francisco Moura, choisir de vivre / choisir de mourir, …




de Francisco Moura…

Salut Pierre, Excuses-moi le retard. Le temps s’embrouille. J’étais « inconnectable » les derniers jours. J’ai du mal avec l’écriture. Les mots ne me suffisent plus. Ils n’y sont plus. J’essaye de m’inventer une autre langue à défaut de celles qui ne m’aident plus. Mais je ne rien trouvé encore. Ça fait trois ans que je parle à Lise à chaque instant… dans ma tête ça passe, dans les mots ça casse. Et pourtant j’aimerais tant. Je les passe au pressoir et rien ne reste qui mérite d’être crayonné.Je t’envoie quand même quelques uns, parce que je me suis engagé avec toi. Tu fais ce que tu veux avec. Je te fais totale confiance.Si tu veux tu peux …Les couper, un peu, beaucoup ou tout ou les tourner à l’envers. Pas de problème. Il me faudra réinventer un langage pour parler d’elle et pour parler d’amour et de douceur, ce que change et ce que ne change pas. Pour parler de ceux que continuent, inlassablement… après ceux qui s’en vont sans prévenir. Et puis encore… Oui. Lise ! Depuis que t’es partie… Qu’est-ce qu’on peut dire ? Un Ange n’est plus … ce n’est pas assez. Déchirure Absence Vide Douleur Tristesse Souvenance Sourire Générosité Légèreté Douceur Amour, Immense amour… Tout ça non plus…mais, le soleil continue à se lever, chaque jour, l’un après l’autre, inlassablement. Les sirènes continuent à grincer tous les premiers mercredis du mois. Sans que cela ne change rien aux mentalités et sans que cela n’empêche l’oubli Le monde continue à être irrémédiablement identique et ennuyeux rempli qu’il est des mêmes incertitudes, et d’autant de manque de perspectives Les gens moches, continuent inlassablement moches et à emmerder le monde Les personnes que tu aimais continuent à être aimables et aimantes. Les autres… ? Ça ne change pas non plus ! Je n’ai toujours pas besoin de beaucoup d’espace pour vivre. Je n’en occupe pas beaucoup ! Je ne possède que de pensées. Un tas de pensées. Et les pensées ne remplissent pas de mètres carrés. Elles ne prennent pas d’espace. Je les empile comme je veux. Je les retourne dans tous les sens.Je les mêle les unes aux autres et je les jette quand ça me chante. Je les envois en l’air comme un ballon rouge. Hélas, je n’ai plus ton retour, plus de ta voix pour me les faire entendre ! Alors j’écris beaucoup de bêtises ou pas du tout. Il me manque désormais cette rage partagée à deux. Il me manque toi ! Je pense plus et de plus en plus, plus que jamais. Mais j’écris moins. De moins en moins, moins que toujours.Peut-être se sont les mots qui sont partis. Comme toi. Ils n’y sont plus et moi aussi. Mais n’en parlons plus. Pensons ! Le plus souvent mes pensées me permettent de te retrouver, l’espace d’un battement du cœur, mis en suspend, avec un sourire larmoyant et beaucoup de tendresse. Tiens ! Avec beaucoup de tendresse j’ai connu Anouck et Julie. J’ai perdu les belges mais je vois toujours Valérie et Elodie. Pierre en coup de vent, en coup de mail. Depuis que t’es partie, il dit qu’il ne fait que des conneries. Et moi alors ? N’en parlons plus. Les voisins sont très bruyants, on dirait toujours les mêmes, pourtant j’ai déménagé. Le soleil se lève toujours, on dirait le même, pourtant tu n’y es plus. Le métro parisien est pareil à lui-même et les grèves aussi, ton vélo rouge alors… toujours, la petite grenouille verte, aussi. Mais je pédale comme un pied et j’ai perdu les pédales. Tiens les mots rebondissent ! Les moineaux continuent à venir manger les miettes, dans la main, au Bistrot, chez Kim et Marie. Ils continuent à boire leur dernier verre en privé, avant fermeture et à rentrer en métro vers minuit avec la tête pleine d’alcool, et enivrées d’habitude, soûlées de tendresse. Et c’est toujours tristement beau. Attendrissants, oui attendrissants.Je vie toujours. Plus simplement sans doute, un peu autiste… toujours, un jour après l’autre, en sursis. Mais je suis heureux je te l’assure. Difficile à comprendre. Je n’essaye plus. Je ne pas oublié l’amour et je suis comblé. Je ne suis plus seul. Encore un cadeau de toi, c’est vrai ! Difficile à comprendre. Tu es partie, mais tu restes quand même, en quelque sorte et ça c’est bien. Ça c’est bon ! Il m’a fallut du temps !Oui, oui, ça continue, du pareil au même ou presque, mais sans toi.,Alors quelque chose d’essentiel manque au monde. Toi ! A moi surtout …